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A LA CHAMBRE
Publié le 20 juillet 2022
A LA CHAMBRE
Publié le 20 juillet 2022

La gouvernance est aujourd’hui à la mode…

Elle est pourtant bien plus qu’une simple ‘attitude’ nouvelle en entreprise !

La gouvernance est aujourd’hui sur toutes les lèvres, elle est de tous les discours. Comme si on découvrait subitement l’intérêt de conduire un Etat, un organe, une entreprise en s’assurant de le faire de manière à la fois responsable, équitable et efficace… dans l’intérêt des parties prenantes. Pourtant, il y a bien longtemps que l’on sait que gouverner c’est prévoir, anticiper. En 1852, un journaliste et homme politique français, Emile de Girardin, dans son ouvrage La Politique universelle - Décrets de l’Avenir, fut le premier à poser ces mots qui en disent long sur l’intérêt de se projeter sur ses actes et, ce faisant, de respecter une déontologie de conduite. Dans l’Antiquité, le gouverneur était lui aussi associé à cette idée, on lui doit d’ailleurs le nom même de la gouvernance. Tout cela pour dire qu’avec le temps, les mentalités ont bien sûr évolué, conduisant à définir un vrai cadre de gouvernance qui doit répondre à des règles et procédures pour gérer la conduite de l’organisation.

Le mois dernier, la Chambre de commerce et d’industrie du Luxembourg belge, en collaboration avec IDELUX et la Sowalfin, organisait un atelier sur le sujet, il y était question de la gouvernance en entreprise. Sous la thématique « Entrepreneurs et Gouvernance », ce séminaire se proposait donc d’ouvrir la réflexion vers le milieu entrepreneurial. Trop peu d’entrepreneurs et patrons ont participé, raison pour laquelle il nous a paru important d’y revenir au travers de cet article. Marc Deschamps a été notre guide d’un jour sur le sujet, nous l’avons interrogé…

EA : Monsieur Deschamps, vous qui animiez cette journée, pouvez-vous en quelques mots définir ce qu’est réellement la ‘Gouvernance’ ?

Marc Deschamps : Je comprends bien le sens de la question parce que le mot ‘gouvernance’ est en effet un peu mis à toutes les sauces dans les médias et les conversations. En réalité, ce mot trouve son origine étymologique dans le verbe latin ‘gubernare’, qui signifiait ‘conduire un bateau’. Notez d’ailleurs que les Romains utilisaient le même verbe pour un frêle esquif ou pour une imposante trirème !

EA : Quid si l’on parle plutôt d’une entreprise ?

Marc Deschamps : Quand il est appliqué aux entreprises, il désigne alors l’art d’aligner les intérêts entre les différentes parties-prenantes (actionnaires, membres du Conseil et du management, fournisseurs et clients stratégiques…) pour améliorer leur performance commune et diminuer les risques de conflits stériles. En un mot, pour augmenter la valeur de l’entreprise ! 

EA : On retrouve aussi le mot ‘gouvernance’ dans le ‘G’ des trois objectifs ESG du développement durable…

Marc Deschamps : En effet, c’est le même esprit de respect mutuel et d’interactions positives qui doit prévaloir, dans la nature, entre les parties-prenantes au développement d’un environnement durable (le ‘E’), qui doit prévaloir aussi, dans la Société, entre les personnes au niveau de leurs relations sociales (le ‘S’) et qui doit prévaloir enfin, au sein des entreprises et des organisations, à travers leur bonne gouvernance (le ‘G’).

EA : Il y a donc vraiment plusieurs gouvernances…

Marc Deschamps : C’est exact, et, rien que pour les entreprises, la gouvernance se décline au niveau micro (au sein l’entreprise), au niveau méso (entre les entreprises le long de la ‘supply chain’) et au niveau macro (dans l’environnement économique de ces entreprises) !

EA : Carrément !

Marc Deschamps : J’ajouterais encore que la gouvernance ne se met pas en place d’un simple coup de baguette magique au sein de l’entreprise. Non, le processus est bien plus long. Pour être tout à fait clair, il y a un cycle d’implantation de la gouvernance… qui implique différentes gouvernances !

EA : Mais encore…

Marc Deschamps : Dans les faits, et à l’insu de leur plein gré (!), les dirigeants de TPE ou de PME pratiquent d’abord une ‘gouvernance naturelle’, essentiellement basée sur l’éthique. Ensuite, les entreprises se voient très vite contraintes de respecter une ‘gouvernance codifiée’, basée essentiellement sur la Loi et les règlements, eux-mêmes fondés sur la logique.

EA : Dans votre séminaire, vous parlez aussi du courage…

Marc Deschamps : Oui, tout à fait. C’est le stade qui suit. Lorsqu’il s’agit, avec la ‘gouvernance appliquée’, de mettre en oeuvre concrètement les principes éthiques et les règles logiques de la gouvernance, les parties-prenantes doivent faire preuve d’une troisième vertu, encore plus exigeante que les deux autres : c’est le courage !

EA : Il y a aussi un quatrième stade…

Marc Deschamps : Exact ! Pour que la gouvernance soit autre chose que le son du pipeau des bonnes intentions, il convient de lui adjoindre une quatrième qualité : le pragmatisme.

EA : Complexe, en fait…

Marc Deschamps : Oui, mais un personnage historique rassemble ces quatre vertus : il s’agit du général romain. On attendait de lui qu’il respecte la Cité et ses légionnaires, qu’il fasse preuve de logique dans sa stratégie militaire et de courage dans ses gestes de bravoure… mais aussi de pragmatisme dans l’utilisation de ses légions sur le terrain. Ce n’est pas un hasard si ce général romain était appelé le … ‘gubernator’ !

EA : Auriez-vous quelques conseils pratiques pour les dirigeants de nos TPE ou PME qui voudraient aller au-delà de leur ‘gouvernance naturelle’ ?

Marc Deschamps : Sans fermer les yeux sur un futur plus lointain, je leur recommanderais les quelques mesures pragmatiques suivantes... Réfléchissez par exemple aux acteurs qui impactent votre entreprise, au sein et autour d’elle, directement et indirectement. « Avez-vous une ‘carte stratégique’ sous la forme d’un dossier qui regroupe les informations que vous avez sur vos parties-prenantes… concurrents compris ! ? »

EA : Et… 

Marc Deschamps : Et pensez plus particulièrement à votre actionnariat : « Est-il adéquat pour accompagner le développement, la croissance et les mutations de votre entreprise ? ». Faites-vous aussi accompagner, le plus tôt possible, par les conseils d’un ami (proche de vous, mais éloigné des activités de votre entreprise). Il sera chargé de vous interpeler au besoin et, en revanche, vous pourrez faire appel à lui pour dialoguer, à tout moment et sans oeillères, histoire d’approfondir ou de balayer des sujets qui vous interpellent !

EA : On peut aussi recourir au conseil d’experts…

Marc Deschamps : Oui, mettez en place un Conseil d’Avis (en complément ou en l’absence d’un Conseil d’Administration) où siègeront avec vous deux ou trois personnes alliant expertise et expérience dans les domaines que vous maîtrisez moins bien. Sans avoir la lourdeur ou les contraintes d’un Conseil d’Administration, ce Conseil d’Avis sera votre ‘caisse de résonnance/raisonnance’ !

EA : Enfin…

Marc Deschamps : Enfin, n’attendez plus, améliorez au plus vite les documents clés pour la gouvernance de votre entreprise : la convention qui vous lie à vos associés (si vous n’êtes pas seul.e à la barre), les ordres du jour des réunions que vous organisez et les mémos de ces réunions. Des documents de référence existent, utilisez-les donc !

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