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SANTE
Publié le 11 février 2021
SANTE
Publié le 11 février 2021

Vos salariés sont en télétravail…

Vous a-t-on dit que le ‘team-out’ rôdait ?

Si vous êtes comme moi, le déferlement des anglicismes en tous genres vous énerve probablement au plus haut point. Le dernier en date, c’est le ‘team-out’, qu’on pourrait franchement traduire par « déconnexion d’équipe ». Vous en avez déjà entendu parler ?

En somme, il s’agit d’un état d’esprit qui touche le salarié qui, à la suite d’un télétravail qui dure, se sent dépossédé de ses relations avec ses collègues et perd petit à petit confiance en lui parce qu’il n’est tout bonnement plus connecté à l’équipe. En découle tantôt du stress, tantôt une baisse de la motivation quotidienne, un manque d’émulation professionnelle aussi, quand ce n’est pas pire encore ! Petit tour de la question en compagnie d’Alexandra Bouisseau, conseillère en prévention bien-être psychosocial chez Mensura… 

Out, out, out ! 

Bon, ces dernières années, nous avions connu le burnout, sorte d’état d’épuisement physique et mental, puis le fade-out, ou la ‘disparition’ de certains collaborateurs du paysage de l’entreprise suite, par exemple, à une maladie de longue durée. Après ça, il y a aussi eu le bore-out. Alors là, je peux vous dire que mon père - indépendant ardennais - se retourne dans sa tombe puisqu’on parle carrément d’un trouble psychologique engendrant des maladies physiques, le tout généré par… l’ennui professionnel dû à un manque de travail ! Eh oui… Aujourd’hui, après 9 mois (le temps d’une gestation) de télétravail pour certains, voilà qu’on a identifié un nouvel état préoccupant, c’est donc le fameux ‘team-out’ dont nous parlions dans le titre de cet article. Pour faire court, nous dirons qu’un peu de télétravail ça va, trop de télétravail bonjour les dégâts. Car c’est bien de cela qu’il s’agit…

Télétravail : "Un jour, disent les patrons !"

Concrètement, le télétravail existait avant… mais il n’est pas institué. Ce qui a changé, ces derniers mois, c’est le fait que le télétravail soit devenu la règle. Alors, on sait bien que cela ne durera pas indéfiniment, en tout cas pas de la sorte, mais toujours est-il que cette nouvelle approche professionnelle n’est désormais plus une exception. Le télétravail a d’énormes avantages, tout le monde l’aura remarqué, mais il serait trop simple de penser qu’on pourra appréhender sa mise en place sans s’enquérir d’un minimum de règles. Une réflexion doit être entamée sur le sujet pour à la fois le mettre en oeuvre correctement et régir sa mise en place de façon à ce que la prestation professionnelle soit réalisée dans les règles de l’art, ce qui concerne autant le patron que le salarié d’ailleurs. 

Effets secondaires inattendus 

Sauf que, jusque-là, personne, ou presque, n’avait par exemple imaginé que l’excès de télétravail pourrait nuire à la santé des collaborateurs. Et pourtant… Et pourtant les spécialistes affirment que de longues périodes de travail à domicile peuvent avoir de graves effets secondaires pour la santé des travailleurs. Cette menace serait, dit-on, plus réelle que jamais ! Elle concernerait des milliers de salariés puisqu’on sait, d’après les chiffres avancés par VIAS, spécialiste de la mobilité, qu’un travailleur sur cinq travaille actuellement à temps plein depuis son domicile ! Et c’est là, justement, que le bât blesse. Tout dysfonctionnement génère toujours, c’est l’évidence, des conséquences négatives, en tout cas inattendues.

Gare au déséquilibre !

Si la relation entre le travail à domicile et celui au bureau est déséquilibrée, certains employés éprouvent ainsi des sentiments d'isolement. Ils manquent en fait de structure et de soutien. Certains réagissent aux mails en soirée, d’autres ne mangent pas. D’aucuns culpabilisent aussi, se sentent épiés. Il en est qui se dédouanent, qui réagissent promptement sur des plateformes de groupe pour montrer qu’ils sont présents. D’autres, par contre, se mettent en retrait, voire disparaissent. Beaucoup glissent également, quand on les interroge, qu’ils ne savent pas ce qu'on attend d'eux, ni dans leur comportement, ni dans leurs rapports, qu’on appelle souvent, de nos jours, ‘délivrables’. En découle du stress, bien sûr ! Apparaissent aussi des phénomènes inconnus jusqu’alors dans le chef de beaucoup de collaborateurs qui accusent des baisses avérées de productivité ou de motivation, parfois même une dévalorisation ou de l'incertitude quant à leurs propres capacités.

Nous sommes des êtres sociaux

Avouez que ce n'est pas étonnant… Après tout, les gens sont des êtres sociaux. Sur le lieu de travail également, les contacts et la présence physique sont indispensables, favorisant la cohésion mutuelle, le partage des informations et des connaissances. Quitte à ce que cela passe par un moment de détente autour d'un café, un fou-rire en cuisine. Il résulte donc de tout ceci que le patron que vous êtes a tout intérêt à bien articuler le travail à domicile et celui au bureau.

Bonne répartition !

Mais que représente exactement une vraie bonne répartition ? Pour beaucoup de patrons, aujourd’hui, le seuil raisonnable est d’un jour par semaine. Le service de consultance flamand Serv met en avant deux jours de télétravail, avec objectifs et contrôles, par semaine au maximum. Au-delà de cette période, les avantages ne l'emportent plus sur les inconvénients. Notre spécialiste, Alexandra Bouisseau, voit, elle, davantage de bienfaits dans une approche individuelle basée sur la théorie de l'autodétermination, en fait une macro-théorie sur la motivation humaine. Cette théorie affirme que les gens fonctionnent de manière optimale et se sentent bien lorsque trois besoins psychologiques fondamentaux sont satisfaits : la connectivité, la compétence et l'autonomie.

Autodétermination !

Et c'est ici que la situation se complique lorsque l'on travaille chez soi pendant de longues périodes. Les vidéo-conférences peuvent, dans une certaine mesure, répondre au besoin de connectivité… mais aucun contact numérique ne remplacera jamais le contact physique ! Ainsi, le sentiment de compétence peut par exemple être mis sous pression suite au travail à distance. Tout le monde ne se sent d’ailleurs pas comme un poisson dans l'eau au niveau numérique. Et ceux qui se sentent moins en sécurité à cet égard se désengageront davantage. Enfin, l'expérience de l'autonomie est une question d'autodétermination. Selon la marge de manoeuvre que lui laisse son supérieur, un employé peut se sentir trop ou trop peu libre ou contrôlé !

Être prêt à s’impliquer…

Le manager, autrement dit celui qui supervise des gens dans le cadre de son boulot, a donc un rôle important à jouer lorsqu'il travaille à domicile pour veiller au bien-être collectif et individuel, et pour aider à prévenir le team-out. Lors de check-in virtuels réguliers, il peut se consacrer aux émotions et établir activement un lien. Maintenant, là non plus, il n’y a pas de bonnes règles. Tout est une question de culture au sein d'une équipe ou d'une organisation ! Un tour des écrans lors d’une réunion ‘zoom’ permet déjà de sonder un peu le personnel, un contact régulier offre l’avantage de prendre le pouls des collaborateurs individuellement. Certaines organisations utilisent une "prévision météorologique interne", durant laquelle les employés indiquent, à leur tour, s'ils se sentent "nuageux" ou "ensoleillés". Il existe aussi “la douche des compliments”, au cours de laquelle les coéquipiers font des compliments sincères à un collègue pendant une minute. Vous pouvez même faire le plein de litres de carburant mental par voie numérique…

Réagir dès les premiers signes…

Maintenant, si le ‘team-out’ d’un salarié se fait ressentir, il faut absolument réagir. Le responsable hiérarchique se doit alors d'entamer la discussion en temps voulu. Untel se sent-il victime d'une certaine culture de la réunion? Une autre s'enfuit-elle dans une pièce isolée ? Les journées de travail d'une troisième ont-elles un début ou une fin ? Ensuite, c'est à la personne concernée de réagir. Et, souvent, les collaborateurs trouvent eux-mêmes une solution au cours de la conversation. Écoutez-les et soutenez-les si nécessaire... Ainsi, un binôme s'avère souvent utile : deux collègues qui prêtent une attention particulière l'un à l'autre.

Rien ne vaut une ‘bonne’ réunion physique

Ajoutons, d’un point de vue pratico-pratique, qu’en sus de faire un check-in en ligne, le mieux reste quand même de privilégier les moments de contact fixes durant lesquels tous les membres d’une même équipe se rencontrent en personne. Physiquement donc ! De cette façon, l'environnement de travail devient avant tout un lieu de rencontre. À cette occasion, on peut prévoir - pourquoi pas ? - un croissant de déjeuner, le sandwich de midi, ou même des fruits frais pour le goûter, la dynamique de groupe fera, elle, le reste…

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